Un policier municipal du Pontet est mis en examen. Depuis, une partie de la presse et des réseaux sociaux l’a déjà condamné.
Pas de nuance. Pas de prudence. Un verdict rendu en quelques heures, sans dossier, sans instruction, sans la moindre pièce du fond.
La FNPMF ne commentera pas les faits eux-mêmes. Ce n’est ni notre rôle ni notre compétence. Deux enquêtes sont ouvertes, la Section de recherches de la gendarmerie de Marseille instruit le dossier, et c’est elle, avec la justice, qui déterminera ce qui s’est réellement passé cette nuit-là au péage d’Avignon-Nord.
Notre rôle, c’est de rappeler une règle simple. Elle est inscrite à l’article 9 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen depuis 1789. Elle figure dans notre Constitution. Elle s’applique à tout le monde, sans exception : un individu mis en examen, est présumé innocent jusqu’à preuve du contraire, apportée par un tribunal, à l’issue d’un procès contradictoire.
Pas par un plateau télé. Pas par un fil de commentaires. Pas par un éditorialiste qui n’était pas sur place à 2 heures du matin quand une voiture roule sur le pied d’un agent et en bloque un second contre une barrière de sécurité.
Ce qu’on sait, ce qu’on ne sait pas
Les faits établis à ce stade, tels que rapportés par le parquet d’Avignon : un conducteur de 29 ans refuse un contrôle au Pontet, prend la fuite, force un barrage, percute un véhicule de police municipale, roule sur le pied d’un agent et manque d’en renverser un autre. Un policier, coincé contre la barrière, fait feu à deux reprises.
À l’issue de sa garde à vue, le policier a été mis en examen pour violences volontaires ayant entraîné la mort sans l’intention de la donner par une personne dépositaire de l’autorité publique, et placé sous contrôle judiciaire. Le parquet avait requis une qualification plus lourde, l’homicide volontaire, ainsi qu’une interdiction d’exercer. Le juge d’instruction n’a suivi ni l’une ni l’autre de ces réquisitions.
Ce n’est pas un détail. C’est le magistrat en charge du dossier, celui qui a accès à l’intégralité des pièces, qui a estimé que la situation ne relevait pas d’un homicide volontaire. Les caméras de vidéoprotection du péage ont enregistré la scène. Cette vidéo, les enquêteurs l’ont. Les commentateurs qui ont déjà rendu leur verdict, non.
C’est toute la différence entre une enquête et un lynchage.
Le réflexe qui doit interroger
Un policier municipal se retrouve seul face à un véhicule utilisé comme une arme, dans le noir, sans le temps de réfléchir à ce qui fera sens six mois plus tard devant une cour. Il prend une décision en une fraction de seconde. Cette décision engage sa vie, sa carrière, sa famille.
Et avant même que l’instruction ait commencé à établir les circonstances exactes, une partie de l’opinion publique a déjà décidé qu’il était coupable. Pas coupable d’avoir mal agi dans une situation extrême. Coupable, point final, comme si la question ne se posait même plus.
Ce réflexe n’est pas nouveau. On l’a vu après Rillieux-la-Pape. On l’a vu après Marseille. On le voit à chaque fois qu’un policier municipal fait usage de son arme, y compris quand il le fait pour se protéger ou protéger un collègue. La suspicion précède systématiquement les faits.
Il y a un paradoxe qu’on ne peut plus taire : le 7 juillet 2026, l’Assemblée nationale a voté une présomption de légitime défense pour les policiers nationaux et les gendarmes. Les policiers municipaux en ont été explicitement exclus. Même mission de sécurité publique, même arme, même seconde pour décider. Un cadre juridique différent selon la couleur de l’uniforme, et une présomption médiatique de culpabilité qui, elle, ne fait aucune distinction.
Diaboliser un homme pour discréditer un métier
Ce qui se joue au Pontet dépasse le cas individuel de cet agent. Chaque tribune qui le juge coupable avant l’audience, chaque commentaire qui le présente comme la preuve d’une police municipale hors de contrôle, sert un objectif plus large : salir plus de 28 000 agents qui n’ont rien à voir avec cette affaire.
On ne juge pas une profession sur une nuit, un péage, une décision prise sous la contrainte absolue. On la juge sur son travail quotidien, sur les contrôles, les interventions, les refus d’obtempérer gérés sans qu’un coup de feu ne parte, qui ne font jamais la une parce qu’ils ne saignent pas.
La FNPMF demande une chose. Que la présomption d’innocence s’applique à cet agent comme elle s’applique à n’importe quel citoyen français. Que l’instruction se déroule sans pression médiatique. Et que ceux qui prétendent défendre la justice cessent de la piétiner en jugeant avant elle.
Ce policier a une famille, une carrière, une vie construite sur le service public. Il mérite d’être jugé sur des faits établis, par des magistrats qui ont accès au dossier complet, pas sur des indignations qui n’ont accès à rien.
La justice tranchera. Elle seule en a le droit.
Thierry COLOMAR
Président d’honneur de la FNPMF







