“La garantie des droits de l’homme et du citoyen nécessite une force publique : cette force est donc instituée pour l’avantage de tous, et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée.”
Texte : Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789
Il existe dans certaines décisions municipales récentes une contradiction qui mérite d’être nommée clairement. Des élus se réclamant de la justice sociale et de la défense des quartiers populaires font le choix, une fois au pouvoir, de désarmer ou de réduire les capacités de leurs polices municipales — précisément dans les territoires où elles avaient permis aux habitants de retrouver un semblant de tranquillité.
Quand les actes contredisent les discours
Le cas de Saint-Denis est emblématique.
Le prédécesseur de l’actuel maire avait massivement investi dans la police municipale : construction d’un hôtel de police municipale, multiplication des effectifs par quatre, armement, installation de 700 caméras sur le territoire — près de 20 millions d’euros en six ans.
Le résultat était concret et mesurable. En 2025, la police municipale de Saint-Denis a reçu 55 000 appels et réalisé 33 000 interventions. Une présence réelle, quotidienne, au plus près des habitants. Le nouveau maire a pourtant décidé d’engager un processus de désarmement. Cette politique représente un désaveu ressenti profondément par les agents, au point que des policiers envisagent de quitter leur poste.
Un terrain qui ne ment pas
Ce que certains élus présentent comme un projet progressiste — une police de proximité, médiatrice, désarmée — ressemble dans les faits à un abandon des habitants les plus vulnérables, là où la délinquance n’a, elle, pas désarmé.
Selon un rapport d’information du Sénat, 1 208 policiers municipaux ont été blessés en mission en 2023 — soit une hausse significative par rapport à l’année précédente. Un signal clair de la dureté croissante du terrain auquel sont confrontés les agents
Désarmer des agents qui font face à une violence croissante, c’est les condamner soit à l’inaction, soit au danger. Et neutraliser la police municipale dans ces quartiers, c’est y laisser le terrain libre à ceux qui font régner leur propre loi.
Ces décisions interviennent alors que certains territoires concernés, notamment en Seine-Saint-Denis ou dans le Val-d’Oise, sont minés par un trafic de drogues de plus en plus structuré et violent.
Qui souffre vraiment de l’insécurité ?
La question de fond est là. Qui souffre le plus du trafic de drogue, des rodéos urbains, des règlements de comptes ? Pas les habitants des quartiers aisés, qui peuvent se payer gardiennage privé et appartements sécurisés. Ce sont les habitants des cités elles-mêmes : les personnes âgées qui n’osent plus sortir, les familles qui voient leurs enfants grandir dans des halls occupés, les commerçants rackettés, les jeunes tiraillés entre deux univers.
Des habitants dénoncent un signal jugé « irresponsable » dans une ville confrontée à une délinquance persistante, et la FNPMF redoute un effet d’appel pour les auteurs de violences ainsi qu’une fragilisation des agents sur le terrain.
Le maire de Montpellier Michaël Delafosse résume bien l’enjeu : il se dit en « désaccord total » avec cette orientation, qu’il qualifie de « dangereuse », estimant qu’elle traduit une « méconnaissance des enjeux de sécurité », et souligne que la sécurité « est essentielle, en particulier pour les plus fragiles dans les quartiers populaires. »
Le temps de l’idéologie contre le temps des habitants
Certains défenseurs de ces politiques plaident que la présence humaine dans les quartiers, couplée à une action sociale renforcée, suffira à restaurer un climat de confiance. C’est un pari possible sur le long terme. Mais entre le temps de l’expérimentation idéologique et le temps des habitants, il y a un gouffre — et c’est dans ce gouffre que s’engouffrent les trafiquants.
La police municipale n’est pas l’ennemie des quartiers populaires. Dans bien des cas, elle en est l’un des derniers remparts. La priver de ses moyens au nom d’une vision idéologique de la sécurité, c’est trahir précisément ceux au nom desquels on prétend gouverner.







