Tribune du 24 Janvier 2026 cosignée par la FNPMF, la FNDPM, l’ANCPM et l’ANCTS.
Le débat sur l’extension des prérogatives des policiers municipaux avance, peut-être plus vite qu’on ne le croit, et surtout, plus vite que la réflexion collective indispensable à toute réforme sérieuse.
Si les décisions relèvent in fine du niveau local, alors l’anticipation doit, elle aussi, être locale, collective et assumée. .
Attendre que les choix soient actés, c’est accepter de les subir, or l’enjeu n’est pas la contestation, mais bien la structuration d’un rapport de force lucide, crédible et responsable, au service de la profession et de l’intérêt général.
Encore faut-il regarder la réalité en face.
Premier paramètre incontournable : le soutien politique.
À de rares exceptions près, ni le gouvernement ni les élus ne se montrent aujourd’hui de véritables soutiens des policiers municipaux. Les discours valorisants existent, mais ils sont rarement suivis d’effets concrets. Les réformes avancent davantage par opportunité politique ou par transfert de charges que par réelle volonté de renforcer la profession.
Dans ce contexte, espérer que les contreparties sociales viendront d’elles-mêmes relève de l’illusion. Sans anticipation et sans exigence collective clairement posée, l’extension des missions risque surtout de renforcer les contraintes, sans reconnaissance équivalente.
Deuxième paramètre, plus inconfortable encore : le rapport des policiers municipaux eux-mêmes à ces évolutions.
Une grande partie de la profession semble aujourd’hui plus attirée par l’élargissement des prérogatives que par les enjeux sociaux qui devraient pourtant les accompagner. .
Pire, certains se plaignent sans jamais s’engager, d’autres préfèrent ne rien savoir de ces débats, par fatalisme, par lassitude, ou parfois par indifférence.
Cette fragmentation affaiblit mécaniquement toute capacité de négociation. Une profession qui ne parle pas d’une seule voix, ou qui accepte par avance de dissocier responsabilités et reconnaissance, se place elle-même en situation de faiblesse.
C’est précisément pour cela que certaines questions doivent être posées maintenant, avant que les décisions ne deviennent irréversibles.
Si les missions évoluent, à quel moment ajuste-t-on les moyens humains, organisationnels et sociaux ?
Plus de missions sans effectifs, sans organisation adaptée et sans reconnaissance claire, c’est installer durablement la surcharge, le risque juridique et l’usure professionnelle.
Le volet social doit-il être discuté avant ou après la mise en œuvre des nouvelles prérogatives ?
Après, c’est négocier sous contrainte. Avant, c’est construire un cadre équilibré. Le social n’est pas une variable d’ajustement, il conditionne l’adhésion et l’efficacité.
Une fois les choix politiques arrêtés, quelle marge de discussion restera-t-il réellement ?
L’expérience montre qu’elle sera réduite. Quand le cadre est fixé et que les attentes des exécutifs locaux sont installées, il ne reste que des marges techniques, rarement des leviers de fond.
Si les compétences sont optionnelles, les contreparties le sont-elles aussi ?
La réponse ne peut être que négative. Des compétences optionnelles sans contreparties garanties créeraient une police municipale à plusieurs vitesses, accentuant les inégalités entre agents et territoires.
Qu’est-ce qui change concrètement pour l’agent lorsque les responsabilités augmentent ?
Si la responsabilité pénale, opérationnelle et hiérarchique s’accroît, alors doivent évoluer la reconnaissance statutaire, la rémunération, la protection juridique, la formation et les perspectives de carrière.
À défaut, le message est limpide : faire plus, avec plus de risques, pour la même chose.
Cette tribune n’est ni un réquisitoire ni un plaidoyer corporatiste. Elle se veut un appel à la cohérence et à la responsabilité.
Aux décideurs politiques et aux élus locaux, il faut dire clairement ceci : on ne peut durablement renforcer les missions des policiers municipaux sans renforcer les femmes et les hommes qui les exercent. Une réforme déséquilibrée fragilise les agents, les collectivités et, à terme, le service rendu aux citoyens qui est la priorité !
Aux policiers municipaux eux-mêmes, il faut rappeler une évidence souvent évitée : les prérogatives n’ont de sens que si elles s’accompagnent de garanties, de reconnaissance et de droits. Se satisfaire d’un élargissement des compétences sans exiger les contreparties, c’est accepter de porter seuls le poids des décisions prises ailleurs.
Le temps n’est plus à l’attentisme, au fatalisme ou à l’indifférence, Il est à la construction d’une parole collective, lucide et responsable
Anticiper, c’est permettre une réforme utile, équilibrée et durable.
Pour l’inter-associations
FNPMF–FNDPM-ANCPM-ANCTS
Thierry COLOMAR
Président de la FNPMF







